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Prévoyance entreprise

Prévoyance entreprise

Un contrat de prévoyance d’entreprise couvre les salariés contre le décès, l’incapacité de travail et l’invalidité, en complément du régime obligatoire. Aucune loi ne l’impose à tous les salariés, mais deux textes l’imposent très souvent : l’accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 pour les cadres, et la convention collective pour les autres. Le point que peu d’employeurs connaissent : faute de contrat conforme, le décès d’un cadre oblige l’entreprise à verser elle-même aux ayants droit une somme égale à trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale.

Mise à jour le 16 septembre 2026

La procédure pas à pas

01

Vérifiez l’obligation cadres de l’ANI de 2017

L’accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres impose à l’employeur une cotisation de 1,50 % de la tranche de rémunération inférieure au plafond de la Sécurité sociale, à sa seule charge. Faute de pouvoir justifier du contrat au décès d’un participant, l’employeur verse lui-même aux ayants droit une somme égale à trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale en vigueur lors du décès.

02

Ouvrez la convention collective et relevez les garanties minimales

C’est le point de départ opposable, et le seul qui ne se déduit d’aucune caractéristique de l’entreprise : il dépend de la convention appliquée. Extrayez du texte conventionnel le tableau des garanties minimales, les taux de cotisation et leur répartition, puis posez-le à côté de chaque proposition reçue.

03

Formalisez l’acte de mise en place et remettez la notice

Accord collectif, projet ratifié par référendum ou décision unilatérale écrite : l’article L911-1 du code de la sécurité sociale n’en connaît pas d’autre. L’écrit conditionne l’opposabilité du régime, et la notice d’information remise à chaque salarié est le document qui fera foi en cas de litige.

04

Documentez chaque dispense par écrit

Un salarié absent du régime doit pouvoir être justifié. La dispense relève soit d’un cas de droit, soit d’un cas prévu par l’acte fondateur, et elle se demande par écrit, en connaissance de cause, avec le justificatif de la situation invoquée. Conservez ces demandes avec les bulletins de paie.

05

Au départ, activez la portabilité puis anticipez sa fin

L’article L911-8 du code de la sécurité sociale maintient gratuitement les garanties pour l’ancien salarié indemnisé par l’assurance chômage, pour une durée égale à celle de son dernier contrat de travail et dans la limite de douze mois. Le mécanisme suppose un signalement de l’employeur à l’organisme et la transmission du justificatif d’indemnisation.

La clause bénéficiaire du contrat collectif est rarement lue et jamais rappelée. À défaut de désignation particulière, le contrat applique un ordre par défaut qui ne correspond pas forcément à la situation familiale du salarié. Un formulaire de désignation existe chez l’organisme : demandez-le, remplissez-le, et refaites-le après chaque événement familial.

L’obligation des cadres : 1,50 % de la tranche 1

Pour le personnel relevant de l’encadrement au sens de l’accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017, l’employeur doit consacrer une cotisation de 1,50 % de la tranche de rémunération inférieure au plafond de la Sécurité sociale. Cette cotisation est à sa charge exclusive, et elle est affectée en priorité à la couverture du risque décès.

Deux lectures fausses circulent. La première consiste à croire que cette obligation impose un régime de prévoyance complet : elle porte d’abord sur le décès, et l’employeur reste libre de son niveau de couverture au-delà. La seconde consiste à croire qu’un contrat existant suffit à s’en acquitter : encore faut-il que l’affectation prioritaire au décès soit vérifiable, ligne par ligne, sur le contrat.

La sanction, elle, est chiffrée par le texte lui-même. Si l’employeur ne peut pas justifier du contrat lors du décès d’un participant, il verse aux ayants droit une somme égale à trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale en vigueur lors du décès. Ce n’est pas une pénalité administrative : c’est une dette directe de l’entreprise envers une famille, exigible au pire moment.

Le périmètre des salariés concernés se lit dans l’accord lui-même, qui vise les cadres et assimilés au sens de ses articles 2.1 et 2.2. Un doute sur le statut d’un salarié se tranche sur ce texte, pas sur l’intitulé de son poste.

La convention collective, source des garanties minimales

De nombreuses branches imposent un régime de prévoyance à toutes les entreprises du secteur, quel que soit l’effectif et sans distinction de statut. Le texte conventionnel précise les garanties minimales, les taux de cotisation, leur répartition entre employeur et salarié, et il désigne parfois un organisme recommandé.

Ce texte s’applique de plein droit. Un contrat souscrit librement, même généreux sur certains postes, n’est conforme que s’il atteint le niveau conventionnel sur chacun d’eux. La comparaison se fait donc poste par poste, à la souscription et à chaque révision de l’accord de branche.

C’est le point qu’un comparateur traite le plus mal, parce qu’il ne se déduit d’aucune caractéristique de l’entreprise : il dépend du code d’activité et de la convention appliquée, rien d’autre. Un employeur qui conclut à l’absence d’obligation sans avoir ouvert sa convention collective conclut trop vite.

Mettre en place le régime : accord, référendum ou décision unilatérale

L’article L911-1 du code de la sécurité sociale ouvre trois voies et trois seulement. Un accord collectif négocié avec les représentants du personnel. Un projet d’accord proposé par l’employeur et ratifié à la majorité des intéressés par référendum. Ou une décision unilatérale de l’employeur, constatée dans un écrit remis à chaque intéressé.

Le choix n’est pas neutre pour la suite. Un régime instauré par accord collectif se modifie par accord collectif, avec la négociation que cela suppose. Un régime instauré par décision unilatérale se modifie plus facilement, mais il ouvre une faculté que beaucoup d’employeurs ignorent.

L’article 11 de la loi du 31 décembre 1989, dite loi Évin, permet en effet aux salariés déjà présents dans l’entreprise lors de la mise en place de refuser d’adhérer, lorsque le régime résulte d’une décision unilatérale et comporte une participation financière du salarié. La faculté ne vaut que pour eux, pas pour les embauches ultérieures. Elle explique certaines situations où une partie de l’effectif reste hors régime pendant des années sans que personne ne s’en aperçoive avant un contrôle.

Dans tous les cas, l’écrit conditionne l’opposabilité. Une décision unilatérale non remise aux salariés, ou un accord non déposé, fragilise l’ensemble du montage, y compris son traitement social.

Collectif et obligatoire : la condition des avantages sociaux

Le traitement social favorable dont bénéficient les contributions patronales suppose que le régime présente un caractère collectif et obligatoire au sens de la réglementation. Les critères sont définis aux articles R242-1-1 et suivants du code de la sécurité sociale, et ils sont régulièrement contrôlés.

Collectif signifie que le régime bénéficie à l’ensemble des salariés, ou à une catégorie définie à partir des critères objectifs limitativement énumérés par ces textes. Un régime réservé aux cadres relève de cette logique ; un régime réservé à des salariés choisis individuellement, ou bâti sur un critère non prévu, perd le bénéfice du dispositif.

Obligatoire signifie que l’adhésion s’impose aux salariés de la catégorie visée, sous réserve des cas de dispense expressément prévus. Un régime auquel chacun adhère à sa convenance n’est pas obligatoire, quelles que soient ses garanties.

L’exclusion d’assiette des contributions patronales joue dans des limites exprimées en fraction du plafond annuel de la Sécurité sociale, et un forfait social peut s’appliquer selon l’effectif de l’entreprise. Ces seuils évoluent : relevez-les sur urssaf.fr ou dans le bulletin officiel de la sécurité sociale au moment de la souscription plutôt que de reprendre un chiffre trouvé ailleurs.

La sanction d’un régime non conforme est financière et rétroactive : requalification des contributions patronales en rémunération, avec les cotisations correspondantes sur les périodes vérifiées. C’est la raison pour laquelle l’acte fondateur mérite autant d’attention que le tableau de garanties.

Les dispenses d’adhésion

La réglementation prévoit des cas dans lesquels un salarié peut ne pas adhérer sans compromettre le caractère obligatoire du régime : contrats de courte durée, temps très partiel au regard de la cotisation demandée, bénéfice d’une couverture par ailleurs dans certaines conditions, entre autres situations listées.

Deux règles conditionnent leur validité. La dispense doit relever d’un cas de droit ou figurer dans l’acte instaurant le régime. Et le salarié doit la demander par écrit, en connaissance de cause. Une dispense accordée oralement, ou appliquée par défaut faute d’avoir présenté le régime au salarié, ne tient pas.

Conservez ces demandes écrites avec les bulletins de paie : en cas de contrôle, l’entreprise doit pouvoir justifier chaque salarié absent du régime. Sur l’étendue exacte de la sanction en cas de pièce manquante, reportez-vous au bulletin officiel de la sécurité sociale, qui précise la doctrine applicable. Nous ne l’énonçons pas ici faute d’avoir pu la vérifier dans le détail.

Ce que couvre le régime

Le décès est le socle. Le capital versé peut être complété par une rente au conjoint, une rente éducation pour les enfants à charge, ou une majoration en cas de décès accidentel, selon ce que prévoit le contrat.

L’incapacité temporaire de travail prend le relais des indemnités journalières du régime obligatoire après une franchise exprimée en jours, dont la durée se combine avec le maintien de salaire dû par l’employeur. Ces deux mécanismes doivent s’articuler sans trou. C’est le point de vérification le plus concret du dossier, et il est plus utile que le pourcentage affiché en couverture de la plaquette.

L’invalidité verse une rente dont le montant dépend de la catégorie reconnue par le régime obligatoire et du barème prévu au contrat. La définition retenue et le mode de calcul se lisent aux conditions générales : deux contrats affichant le même pourcentage peuvent verser des montants différents.

S’y ajoutent parfois des garanties d’assistance et un accompagnement social, dont la valeur se juge au cas par cas.

Changer d’assureur sans laisser de salarié sur le bord

C’est au moment de l’appel d’offres que se perdent les arrêts en cours, et c’est la partie du dossier que personne ne regarde.

Le principe est pourtant posé par la loi. L’article 7 de la loi du 31 décembre 1989 maintient, malgré la résiliation du contrat, les prestations acquises ou nées durant son exécution : un salarié en arrêt de travail indemnisé au moment du changement continue de percevoir ses prestations de l’ancien organisme.

L’article 7-1 complète le dispositif en imposant, en cas de résiliation, le maintien de la garantie décès au profit des bénéficiaires de prestations d’incapacité de travail ou d’invalidité. Un salarié en invalidité au moment du changement reste donc couvert en décès par l’assureur sortant.

Faites préciser par écrit, avant de signer, le sort des arrêts de travail en cours : le nouvel assureur les reprend-il, à quel prix, ou laisse-t-il l’ancien organisme les servir. Vérifiez aussi la revalorisation des prestations en cours de service, encadrée par l’article L912-3 du code de la sécurité sociale. Une rente d’invalidité non revalorisée pendant quinze ans perd une part considérable de sa portée.

Le départ du salarié : la portabilité

À la rupture du contrat de travail, hors licenciement pour faute lourde, l’article L911-8 du code de la sécurité sociale maintient gratuitement les garanties de prévoyance pour l’ancien salarié pris en charge par l’assurance chômage.

La durée du maintien est égale à celle du dernier contrat de travail, appréciée en mois entiers, dans la limite de douze mois. Le financement repose sur la mutualisation au sein du contrat, donc l’ancien salarié ne paie rien.

Le mécanisme suppose que l’employeur signale la sortie à l’organisme assureur et que l’ancien salarié transmette son justificatif d’indemnisation. Le silence de l’un ou de l’autre suffit à le faire échouer, et une reprise d’emploi doit être signalée puisqu’elle y met fin.

Fiscalité des cotisations pour le salarié

Les cotisations versées à un régime collectif et obligatoire de prévoyance sont déductibles du revenu imposable du salarié dans les limites fixées par l’article 83, 1° quater du code général des impôts. Ces limites s’expriment en fraction de la rémunération et du plafond annuel de la Sécurité sociale.

Le calcul se refait chaque année, et les plafonds se relèvent sur une source primaire au moment de la déclaration. En 2026 comme les années précédentes, un chiffre recopié d’un site l’année d’avant n’a aucune valeur ici.

Questions fréquentes

Ce que les lecteurs demandent le plus

La prévoyance est-elle obligatoire en entreprise ?
Pas pour tous les salariés au titre d’une loi générale. Elle l’est pour les cadres, au titre de l’accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017, et elle l’est très souvent pour les autres au titre de la convention collective de branche, qui fixe alors les garanties minimales. La première vérification à faire est donc l’ouverture du texte conventionnel.
Quelle est l’obligation pour les cadres ?
Une cotisation de 1,50 % de la tranche de rémunération inférieure au plafond de la Sécurité sociale, à la charge exclusive de l’employeur, affectée en priorité au risque décès (ANI du 17 novembre 2017). Faute de justifier du contrat au décès d’un participant, l’employeur verse aux ayants droit une somme égale à trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale en vigueur lors du décès.
Qui paie la prévoyance d’entreprise ?
Pour les cadres, les 1,50 % de la tranche 1 sont à la charge exclusive de l’employeur. Au-delà, et pour les autres catégories, la répartition entre employeur et salarié est fixée par la convention collective ou par l’acte qui institue le régime. Aucune règle générale n’impose un partage à parts égales.
Quel document fait foi en cas de litige ?
La notice d’information remise par l’employeur. Elle détaille les garanties décès, incapacité et invalidité, le salaire de référence, les franchises, les exclusions et les conditions de maintien. La plaquette commerciale et l’intranet n’ont aucune valeur contractuelle.
Que devient ma prévoyance si je quitte l’entreprise ?
Si votre départ ouvre droit à l’assurance chômage, hors faute lourde, les garanties sont maintenues gratuitement pour une durée égale à celle de votre dernier contrat de travail, dans la limite de douze mois (article L911-8 du code de la sécurité sociale). Passé ce délai, il faut une couverture individuelle : cherchez-la avant la fin de la portabilité.
La portabilité couvre-t-elle aussi la santé ?
Oui. Le même article L911-8 couvre la complémentaire santé collective et la prévoyance, dans les mêmes conditions de durée, de gratuité et de justificatif d’indemnisation.

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