AGGIR ou grille d’actes : la définition qui ouvre le droit
La grille AGGIR classe la perte d’autonomie en six groupes iso-ressources, du GIR 1, le plus dépendant, au GIR 6, le plus autonome. Les départements l’utilisent pour l’allocation personnalisée d’autonomie, et des contrats d’assurance y renvoient.
Une grille d’actes de la vie quotidienne fonctionne autrement. Elle dresse une liste d’actes et compte ceux que la personne ne peut plus accomplir seule. La rente s’ouvre à partir d’un seuil fixé au contrat.
Conséquence directe : un même état peut ouvrir un droit sous un contrat et pas sous un autre. Autre conséquence, moins connue : un classement obtenu auprès du département n’engage pas l’assureur, et l’évaluation de l’assureur n’engage pas davantage le département.
Où lire la définition
Cherchez dans les conditions générales la rubrique consacrée à la définition de la dépendance ou aux prestations. Relevez la grille utilisée, le niveau exigé et, s’il existe, le seuil de la dépendance partielle. Si la définition renvoie à une annexe, demandez-la : c’est elle que le médecin-conseil appliquera.
Un dossier médical qui se traduit dans la grille
Le dossier doit parler la langue de la grille. Un certificat rédigé en termes généraux, même alarmants, se traduit mal. Un certificat qui décrit les gestes du quotidien se lit sans interprétation.
Pour chaque acte, trois précisions aident l’évaluateur : la personne le fait-elle seule, avec une aide partielle ou avec une aide totale ? À quelle fréquence l’aide intervient-elle ? Depuis quand ? Ajoutez les comptes rendus d’hospitalisation et de consultations spécialisées, le plan d’aide établi par l’équipe du département s’il existe, et les attestations écrites des intervenants à domicile.
Gardez une copie de tout ce qui part, avec la date d’envoi. En cas de désaccord, ce dossier sert de base à la contestation.
Décrire la nuit et les jours sans aide
Une évaluation dure le temps d’une visite. Elle ne montre ni les levers nocturnes, ni les chutes, ni les journées où l’aidant est absent. Un relevé tenu pendant une ou deux semaines par l’entourage ou par l’aide à domicile, daté et précis, décrit ce que la visite ne voit pas.
L’expertise du médecin-conseil, puis la contestation
Le médecin-conseil de l’assureur évalue l’autonomie à partir du dossier et, le cas échéant, d’une visite, parfois à domicile. Il classe selon la grille du contrat, pas selon celle du département.
La présence d’un proche pendant l’évaluation est utile. Il peut décrire ce que la personne ne mentionne pas d’elle-même, et ce que la visite ne permet pas d’observer.
En cas de refus, ou de classement inférieur au niveau exigé, demandez d’abord par écrit le rapport d’expertise et le détail des actes retenus. Lisez ensuite la clause de contestation : le contrat peut prévoir une expertise contradictoire, avec un médecin choisi par l’assuré, puis un arbitrage. Ce mécanisme est contractuel ; vérifiez ses conditions et la répartition des frais.
Si le désaccord persiste, adressez une réclamation écrite au service réclamations de l’assureur. Une fois cette voie épuisée, la Médiation de l’assurance peut être saisie gratuitement.
Dépendance partielle, dépendance totale et révision
Un contrat peut prévoir deux niveaux : la dépendance totale, qui ouvre la rente complète, et la dépendance partielle, qui ouvre une rente réduite, exprimée en pourcentage de la rente principale.
Deux points se vérifient. Le pourcentage retenu, d’abord, qui dépend du contrat. La règle de passage, ensuite : si l’état s’aggrave, la rente partielle devient-elle une rente totale d’office, ou faut-il une nouvelle demande et une nouvelle évaluation ?
Dans le doute, faites la demande. Sa pièce centrale est un nouveau certificat médical qui décrit les actes perdus depuis la première évaluation.
Délai de franchise, premier versement et contrôles
Le délai de franchise sépare la reconnaissance de la dépendance du premier versement. Sa durée est fixée au contrat. Pendant ce temps, la famille finance seule l’aide nécessaire, ce qui en fait un critère aussi important que le montant de la rente.
Le contrat peut aussi prévoir un capital d’équipement, destiné par exemple à l’adaptation du logement, versé selon ses propres conditions.
Une fois la rente en place, l’assureur peut, si le contrat le prévoit, contrôler l’évolution de l’état de santé. La rente peut être suspendue si l’autonomie s’améliore au point de ne plus atteindre le niveau contractuel. Tenez les comptes rendus médicaux à jour.
Revalorisation, durée de service et cotisations
La rente est servie tant que l’état reconnu perdure, dans les termes du contrat. Sauf garantie complémentaire, elle s’éteint au décès de l’assuré et ne se transmet pas.
Sa revalorisation mérite une lecture attentive : une rente servie pendant des années perd du pouvoir d’achat si rien ne la fait évoluer. Les contrats recourent à des mécanismes différents, indexation sur un indice, participation aux bénéfices ou taux minimum. Aucun ne garantit de suivre le coût réel de l’aide.
Reste la question des cotisations. Leur arrêt à la mise en service de la rente n’a rien d’automatique : il dépend d’une clause d’exonération. Si elle figure au contrat, vous cessez de cotiser. Si elle n’y figure pas, les cotisations restent dues pendant le service de la rente.
APA et rente : deux dossiers, deux évaluations, aucune déduction
L’allocation personnalisée d’autonomie relève du conseil départemental. Selon la fiche F10009 de service-public.fr, vérifiée le 1er juin 2026, elle suppose d’avoir au moins 60 ans, d’être classé en GIR 1 à 4 selon la grille AGGIR, et de résider en France de façon stable et régulière. L’évaluation est menée par une équipe du département, indépendamment de celle de l’assureur.
À domicile, le plan d’aide est plafonné chaque mois selon le GIR : 2 080,33 € en GIR 1, 1 682,30 € en GIR 2, 1 215,99 € en GIR 3 et 811,52 € en GIR 4, montants relevés sur la même fiche au 1er juin 2026 et susceptibles d’être révisés. Le montant versé dépend ensuite du plan d’aide et des ressources.
Point décisif pour les familles : parmi les ressources que le département ne prend pas en compte figurent les rentes viagères constituées pour se prémunir contre le risque de perte d’autonomie. La rente de votre contrat ne vient donc pas réduire l’APA à ce titre.
Déposez les deux demandes en même temps. Le dossier médical sert aux deux, et les instructions avancent chacune de leur côté.
Ce qui ne se cumule pas avec l’APA
La même fiche exclut le cumul de l’APA avec plusieurs aides, parmi lesquelles la prestation de compensation du handicap, l’allocation compensatrice pour tierce personne, l’aide ménagère à domicile et l’aide des caisses de retraite. Si la personne en perçoit déjà une, renseignez-vous auprès du département sur l’articulation avant de déposer le dossier.
Deux ans pour agir : la prescription court pendant l’attente
Les actions qui dérivent d’un contrat d’assurance se prescrivent par deux ans à compter de l’événement qui leur donne naissance (article L114-1 du code des assurances). En cas de sinistre, le délai ne court que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s’ils prouvent l’avoir ignoré jusque-là.
Le piège tient au calendrier. Entre un refus, une expertise contradictoire à organiser et un état qui évolue, les mois passent. Le délai, lui, continue de courir.
Deux causes d’interruption s’ajoutent aux causes ordinaires : la désignation d’experts à la suite d’un sinistre, et la lettre recommandée ou l’envoi recommandé électronique avec avis de réception adressé par l’assuré à l’assureur sur le règlement de l’indemnité (article L114-2). Un courrier de contestation envoyé dans ces formes protège la suite du dossier.
Ce que la rente finance, et ce qui reste à financer
Une rente dépendance est un complément de ressources versé sans justificatif d’emploi. Elle ne rembourse pas des factures : elle s’ajoute aux revenus existants et à l’APA.
C’est un outil d’écart, pas une prise en charge. L’aide à domicile, l’adaptation du logement ou un hébergement en établissement ont un coût qui varie selon le territoire et le niveau d’aide ; la rente comble une partie de la différence entre ce coût et les ressources disponibles.
Pour une famille qui fait valoir un contrat, le calcul utile se fait donc à l’envers. Partez du coût réel de l’aide dans le département, retranchez les ressources et l’APA, puis mesurez ce que la rente couvre. Pour qui n’a pas encore signé, le même calcul évite de choisir un montant de rente sans rapport avec les besoins.