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Indemnisation assurance

Indemnisation assurance

L'assurance de dommages répare un préjudice sans pouvoir enrichir l'assuré : c'est le principe indemnitaire de l'article L121-1 du code des assurances. Le montant versé n'est donc pas le montant du dommage. Base d'indemnisation, vétusté, franchise et plafond s'appliquent dans cet ordre, et ces quatre lignes ont été écrites à la souscription, pas au moment du règlement.

Le montant se décide à la souscription

Les lignes qui décident du montant versé sont écrites dans le contrat bien avant le sinistre. Au moment du règlement, elles ne se négocient plus : seule leur application se discute. Le contexte explique où se concentrent les litiges. En multirisque habitation, France Assureurs relève pour 2025 une charge des sinistres en baisse de 53,5 % sur les catastrophes naturelles et de 13,4 % sur les dégâts des eaux, mais en hausse de 10,8 % sur l'incendie et de 22,1 % sur la tempête, la grêle et la neige. L'incendie reste le premier poste de charge, avec 28,7 % du total, devant les dégâts des eaux à 25,9 % alors que ces derniers représentent 39 % des sinistres déclarés. Notre lecture : les désaccords les plus coûteux se jouent donc sur des sinistres lourds et peu fréquents, là où la valeur déclarée et la base d'indemnisation pèsent le plus.

Résiliation, sinistre et indemnisation sont trois moments du même contrat, et c'est pourquoi ces guides sont regroupés par moment plutôt que par produit.

La base d'indemnisation : valeur d'usage, valeur à neuf, dire d'expert

Les contrats prévoient plusieurs façons de valoriser un même bien, et elles donnent des chiffres différents. C'est la première ligne à lire, avant la cotisation.

La valeur d'usage retient la valeur de remplacement au jour du sinistre, vétusté déduite. C'est la base la plus courante en habitation, et elle s'applique par défaut dans de nombreux contrats : vérifiez dans vos conditions particulières laquelle vous a été vendue.

La valeur à neuf, ou rééquipement à neuf, rachète tout ou partie de la vétusté, dans des limites qu'il faut lire ligne à ligne : un pourcentage maximal racheté, une limite d'ancienneté du bien, et le plus souvent l'obligation de remplacer effectivement le bien. Le mécanisme habituel consiste à verser d'abord l'indemnité vétusté déduite, puis le complément sur présentation de la facture de remplacement, dans un délai fixé au contrat. Ce n'est pas une règle légale : c'est une modalité contractuelle, et elle varie.

La valeur à dire d'expert, utilisée sur les véhicules, correspond au prix de remplacement sur le marché de l'occasion à la date du sinistre. Une valeur à neuf ou une valeur majorée peut s'y substituer pendant une durée limitée après l'achat, selon l'option souscrite.

Aucune de ces bases ne se discute après le sinistre. Elles se choisissent à la souscription, et elles constituent le premier critère de comparaison entre deux contrats, avant le prix.

Franchise, plafond, vétusté : l'ordre du calcul

L'ordre dans lequel ces trois éléments s'appliquent change le résultat, et beaucoup de désaccords viennent de là.

On part de la base d'indemnisation prévue au contrat. On applique l'abattement pour vétusté, selon l'âge et l'usure du bien, sauf si une garantie valeur à neuf le neutralise en tout ou partie. On déduit ensuite la franchise, c'est-à-dire la part qui reste à votre charge, et qui diffère souvent d'une garantie à l'autre au sein du même contrat. On vérifie enfin que le résultat ne dépasse pas le plafond de garantie, qui limite le versement quel que soit le dommage réel.

Un exemple littéral, sans montant, pour fixer la mécanique : sur un bien dont la valeur déclarée est intacte mais dont la vétusté atteint la moitié, une franchise appliquée ensuite mord sur la moitié restante, pas sur la valeur d'origine. L'ordre n'est pas neutre.

Le plafond mérite une lecture attentive parce qu'il ne se voit qu'au moment où il joue. Sur un capital mobilier, sur une garantie responsabilité civile, sur un objet de valeur, les limites sont souvent distinctes. Le simulateur de remboursement de sinistre applique cet enchaînement à vos propres chiffres, et le lexique définit chacun de ces trois termes.

Ce que vous avez déclaré à la souscription

Une indemnité se calcule à partir de valeurs que vous avez déclarées, parfois des années plus tôt : capital mobilier en habitation, surface et nombre de pièces, chiffre d'affaires pour un professionnel, valeur des accessoires sur un véhicule. Deux mécanismes sanctionnent l'écart entre ces déclarations et la réalité, et ils sont régulièrement confondus.

La règle proportionnelle de capitaux, à l'article L121-5, joue quand la valeur assurée est inférieure à la valeur réelle : l'indemnité est réduite dans le même rapport, même sur un sinistre partiel. Un point décisif est souvent passé sous silence : cet article se termine par « sauf convention contraire ». La règle est supplétive, le contrat peut l'écarter, et certains contrats le font. Lisez vos conditions générales avant de considérer l'abattement comme acquis.

La réduction proportionnelle de prime, à l'article L113-9, joue quand la description du risque est inexacte mais de bonne foi, et qu'elle est constatée après le sinistre : l'indemnité est alors réduite dans le rapport entre la cotisation payée et celle qui aurait été due. Si l'inexactitude est découverte avant tout sinistre, le même article ouvre à l'assureur une autre voie : augmenter la prime, ou résilier le contrat dix jours après notification.

La fausse déclaration intentionnelle relève d'un troisième texte, l'article L113-8, et suppose à la fois l'intention de l'assuré et un changement de l'opinion que l'assureur se fait du risque. Elle entraîne la nullité du contrat. Avec une réserve importante en assurance automobile obligatoire : l'article L211-7-1 rend cette nullité inopposable aux victimes et à leurs ayants droit. L'assureur les indemnise, puis exerce son recours contre le responsable. La nullité prive l'assuré, pas la victime.

De tout cela découle une habitude utile : relire ses conditions particulières une fois par an, et faire corriger par avenant ce qui a changé. Cela ne garantit rien, mais c'est la seule action qui se prend avant le sinistre plutôt qu'après.

Les preuves de valeur ne se reconstituent pas

Sur le mobilier et sur les biens professionnels, la discussion porte moins sur le principe que sur la valeur, et l'expert évalue à partir de ce que vous produisez.

Réunissez les preuves de propriété et de valeur : factures, tickets, relevés bancaires, photographies anciennes du logement, emballages, notices. C'est la pièce qui manque le plus souvent, et celle qui décide de la valeur retenue. Conservez les biens endommagés jusqu'au passage de l'expert, sauf risque sanitaire : un bien détruit et évacué devient un bien dont la valeur se discute sur parole.

Un inventaire fait à froid, une fois, et rangé avec le contrat, vaut mieux que trois heures de recherche après un incendie. Les gestes à accomplir dans les premières heures, eux, sont détaillés dans le hub consacré à la déclaration de sinistre.

L'expertise, et comment la contester

L'expert mandaté par l'assureur constate, chiffre et qualifie. Il n'accorde pas la garantie : c'est l'assureur qui décide au vu du rapport et des clauses du contrat. Il n'est pas malhonnête, il est technique, et son chiffrage repose sur des barèmes et sur ce qu'il a pu voir.

Quand le montant proposé ne correspond pas au dommage, trois voies existent, dans cet ordre.

  1. Demandez par écrit la communication du rapport d'expertise et le détail du calcul poste par poste : base retenue, vétusté appliquée, franchise déduite, plafond éventuellement atteint.
  2. Demandez un complément d'expertise en vous appuyant sur des éléments nouveaux : un devis d'entreprise, une facture retrouvée, une pièce non examinée. C'est la voie la plus rapide, et elle ne coûte rien.
  3. Mandatez votre propre expert, à vos frais, sauf si votre contrat comporte une garantie honoraires d'expert d'assuré : vérifiez ce point avant d'engager la dépense, pas après.
  4. Demandez la tierce expertise si votre contrat la prévoit : les deux experts en désignent un troisième, dont l'avis départage, avec une répartition des frais décrite au contrat.

Les délais de règlement

Deux calendriers se superposent, et ils n'obéissent pas aux mêmes textes.

Le premier vous oblige. Le délai de déclaration fixé au contrat ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés, ramené à deux jours ouvrés en cas de vol (article L113-2, 4°). En catastrophe naturelle, vous disposez de trente jours à compter de la publication de l'arrêté au Journal officiel (article L125-2). Une déclaration hors délai expose à une déchéance, à la condition que l'assureur prouve que le retard lui a causé un préjudice.

Le second oblige l'assureur, et il varie selon le régime. Pour la plupart des sinistres, c'est le contrat qui fixe un délai de règlement, courant en général à partir de l'accord sur le montant. La catastrophe naturelle et l'assurance vie relèvent de règles propres, fixées par le code des assurances, dont les délais et le régime des intérêts de retard se relisent sur le texte applicable avant d'être opposés à un assureur : mieux vaut citer juste que citer vite.

Un dossier avec expertise contradictoire, dommage corporel ou pluralité d'intervenants prend plus de temps, et cela n'a rien d'anormal. Ce qui l'est, c'est l'absence de réponse : connaître le délai applicable à votre dossier transforme une relance polie en demande datée.

Après le versement : subrogation et résiliation

En vous indemnisant, l'assureur est subrogé dans vos droits contre le tiers responsable, à hauteur de ce qu'il vous a versé (article L121-12). Il peut donc agir à votre place contre lui ou contre son assureur.

Cette subrogation a une conséquence pratique que peu de gens anticipent. Transiger seul avec le responsable, ou renoncer à un recours, peut priver l'assureur de ce droit et l'autoriser à réduire son versement dans la mesure où le recours est devenu impossible. Signalez donc toute démarche amiable avant de l'engager. En sens inverse, la part du dommage que le contrat ne couvre pas, franchise comprise, reste réclamable par vous au responsable : c'est votre droit, pas celui de l'assureur.

En immeuble, la convention entre assureurs applicable aux dégâts des eaux organise différemment les recours. Selon la fiche service-public F2027, vérifiée le 22 juillet 2025, sous 1 600 € HT de dégâts, c'est l'assureur gestionnaire qui indemnise, sans recours possible contre un autre assureur.

Reste la question de la résiliation après sinistre. En assurance automobile, l'article A211-1-2 ne l'autorise avant l'échéance que dans trois cas : alcool, stupéfiants, ou infraction entraînant une suspension du permis d'au moins un mois ou son annulation. Sur les autres contrats, cette faculté existe si le contrat la prévoit. Quand elle est exercée, l'assuré peut résilier ses autres contrats chez le même assureur : cette réciprocité se réclame par écrit.

Trois erreurs qui réduisent l'indemnité

Faire réparer avant l'accord de l'assureur ou avant le passage de l'expert. Le dommage n'est alors plus évaluable, et l'indemnisation se discute sur des photographies, quand il y en a.

Accepter une proposition sans lire le décompte. Une indemnité se comprend en quatre lignes : base retenue, vétusté déduite, franchise appliquée, plafond éventuellement atteint. Demandez ce détail par écrit avant d'accepter ; c'est une démarche simple, et elle met à plat les éventuelles erreurs de saisie.

Signer une quittance sans réserve alors que des dommages restent à évaluer. Le document vaut solde de tout compte pour ce qu'il vise. Quand une part du dommage reste incertaine, la mention manuscrite d'une réserve précise conserve le droit de revenir.

Si le désaccord persiste : réclamation puis médiation

Adressez d'abord une réclamation écrite au service dédié de l'assureur, en joignant vos pièces et le décompte contesté. C'est un passage obligé : la Médiation de l'assurance ne peut être saisie qu'une fois les voies internes épuisées. Sa saisine est gratuite pour l'assuré, et ses conditions figurent dans la charte de la Médiation de l'assurance.

Un point que l'on découvre trop tard, et qui est l'élément à retenir de cette page : pendant que la discussion s'éternise, la prescription court. En assurance, les actions dérivant du contrat se prescrivent par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance (article L114-1 du code des assurances). Les causes d'interruption et de suspension de ce délai ont leurs propres règles, qu'il faut relire sur le texte. Retenez surtout ceci : un dossier qui traîne n'attend pas indéfiniment votre décision.

Une proposition d'indemnisation se discute tant qu'elle n'est pas acceptée. Ne signez pas un accord de règlement avant d'avoir vérifié le détail du calcul.

Questions fréquentes sur l'indemnisation

Pourquoi le montant proposé est-il inférieur à ma facture ?
Parce que quatre éléments s'appliquent successivement : la base d'indemnisation prévue au contrat, l'abattement pour vétusté, la franchise qui reste à votre charge, puis le plafond de garantie qui limite le versement. Demandez le détail de ce calcul par écrit avant d'accepter la proposition : c'est le seul moyen de vérifier lequel des quatre a joué, et dans quelle proportion.
Puis-je contester le rapport d'expertise ?
Oui. Demandez par écrit sa communication et le détail du calcul, puis un complément d'expertise appuyé sur des éléments nouveaux. Vous pouvez ensuite mandater votre propre expert, à vos frais sauf garantie honoraires d'expert d'assuré, et recourir à la tierce expertise si votre contrat la prévoit. En dernier lieu, le service réclamations puis la Médiation de l'assurance, gratuite pour l'assuré.
Qu'est-ce que la garantie valeur à neuf ?
Une option qui neutralise tout ou partie de l'abattement pour vétusté, dans les limites et les délais prévus au contrat : pourcentage maximal racheté, limite d'ancienneté du bien, et le plus souvent obligation de remplacer effectivement le bien sur facture. Elle change beaucoup le montant versé sur du mobilier et de l'électroménager.
Sous quel délai l'indemnité est-elle versée ?
Pour la plupart des sinistres, le délai est fixé par le contrat et court en général à partir de l'accord sur le montant. La catastrophe naturelle et l'assurance vie relèvent de délais propres, fixés par le code des assurances. Les dossiers avec expertise contradictoire, dommage corporel ou pluralité d'intervenants prennent plus de temps.
Que se passe-t-il si j'ai sous-déclaré la valeur de mes biens ?
L'article L121-5 prévoit que l'indemnité est réduite dans le rapport entre la valeur assurée et la valeur réelle, même sur un sinistre partiel. Mais cet article se termine par « sauf convention contraire » : la règle est supplétive, et certains contrats l'écartent. Vérifiez vos conditions générales avant de considérer l'abattement comme inévitable.
L'assureur peut-il refuser de payer après une fausse déclaration ?
Cela dépend de l'intention. Une déclaration inexacte de bonne foi constatée après sinistre entraîne une réduction proportionnelle de l'indemnité (article L113-9) ; découverte avant tout sinistre, elle permet à l'assureur d'augmenter la prime ou de résilier. Une fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat (article L113-8). En assurance automobile obligatoire, cette nullité n'est pas opposable aux victimes ni à leurs ayants droit (article L211-7-1) : l'assureur les indemnise, puis exerce son recours.

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