Ce qui décide sur ce contrat. Sur une RC professionnelle, la clause qui décide est la couverture des dommages immatériels non consécutifs, doublée du mode de déclenchement de la garantie.
Responsabilité civile professionnelle : ce qui est couvert, ce qui reste dehors
Le contrat prend en charge les conséquences pécuniaires de la responsabilité de l'entreprise à l'égard des tiers : dommages corporels, matériels et immatériels causés dans l'exercice de l'activité déclarée.
Restent dehors les dommages causés à vos propres biens, les malfaçons de votre propre prestation, les amendes et sanctions, les activités non déclarées et, sauf extension, les dommages immatériels non consécutifs.
À qui ce contrat s'adresse
- Consultant et prestataire intellectuel
- Artisan hors champ décennal
- Profession réglementée soumise à obligation
- Commerçant recevant du public
- Agence et société de services
Obligatoire ou non : cela dépend de votre profil
L'obligation d'assurance dépend de l'activité. De nombreuses professions réglementées, dont les professions du droit, de la santé et du chiffre, doivent justifier d'une RC professionnelle. Pour les autres, la garantie reste facultative mais souvent exigée par les donneurs d'ordre.
| Profil | Statut | Conséquence en cas de défaut |
|---|---|---|
| Profession réglementée | Obligatoire | Exercice illégal et responsabilité personnelle engagée |
| Prestataire de services non réglementé | Facultative | Souvent exigée au contrat par le client |
| Entreprise du bâtiment | Décennale obligatoire en plus | La RC Pro ne couvre pas le champ décennal |
Les garanties, et le chiffre qui les borne
Une garantie ne se juge pas sur son intitulé. Pour chacune, la troisième colonne est celle qui décide du montant que vous toucherez.
| Garantie | Ce qui est couvert | Ce qui la borne |
|---|---|---|
| Dommages corporels et matériels | Préjudice subi par un tiers du fait de l’activité | Plafond par sinistre et par année |
| Dommages immatériels consécutifs | Perte financière liée à un dommage matériel couvert | Plafond distinct, souvent inférieur |
| Dommages immatériels non consécutifs | Préjudice financier pur d’un client | Extension à demander explicitement |
| Défense et recours | Frais de défense et actions contre un tiers | Plafond annuel et choix du conseil |
Point de vigilance. Sur une RC professionnelle, la clause qui décide est la couverture des dommages immatériels non consécutifs, doublée du mode de déclenchement de la garantie.
Les clauses qui décident vraiment
Ce sont elles qu'il faut chercher dans les conditions particulières, avant même de comparer les prix.
- les dommages immatériels non consécutifs, absents des contrats d’entrée de gamme
- le mode de déclenchement en base réclamation, qui lie la garantie à la date de la réclamation et non du fait
- la garantie subséquente après résiliation, indispensable pour couvrir les réclamations tardives
- la liste des activités déclarées, hors de laquelle rien n’est garanti
- le plafond par année d’assurance, épuisé par un premier sinistre important
Quel niveau de couverture selon votre situation
| Situation | Niveau conseillé | Garanties à vérifier en priorité |
|---|---|---|
| Consultant indépendant | RC Pro avec extension immatériels non consécutifs | Plafond adapté à la taille des missions |
| Commerce recevant du public | RC exploitation renforcée | Dommages corporels aux clients |
| Société de services avec sous-traitance | RC Pro multi-activités | Couverture des sous-traitants et responsabilité du fait d’autrui |
Ce qui fait le prix, et ce qui le fait baisser
Aucune moyenne de marché ne dit ce que vous paierez : la cotisation se construit sur votre dossier. Les critères qui pèsent, en revanche, sont connus.
- nature de l’activité et niveau de risque
- chiffre d’affaires déclaré
- plafonds de garantie retenus
- antécédents de sinistres
- territorialité de la couverture
Les leviers qui ne dégradent pas la protection
- déclarer exactement les activités exercées
- calibrer le plafond sur la taille des missions plutôt qu’au minimum
- négocier l’extension immatériels non consécutifs plutôt qu’un plafond supérieur
- vérifier la garantie subséquente avant de changer d’assureur
Astuce. Comparez à garanties identiques : un écart de prime vient souvent d'une franchise, d'un plafond ou d'une option qui a disparu.
Changer d’assureur sans laisser de trou
Les contrats professionnels ne relèvent pas de la loi Hamon : la résiliation intervient à l'échéance, avec le préavis prévu. Le point critique est la continuité : vérifiez la reprise du passé du nouveau contrat et la durée de la garantie subséquente de l'ancien.
Réclamation d’un client : réagir sans reconnaître
Transmettez immédiatement toute réclamation, mise en demeure ou assignation à l'assureur. Ne reconnaissez jamais votre responsabilité et n'engagez aucune transaction sans son accord : cela peut suffire à faire tomber la garantie.
- transmettre chaque courrier dès réception
- conserver contrats, cahiers des charges et échanges de validation
- ne pas indemniser un client de sa propre initiative
Fait dommageable ou réclamation : deux montres, deux résultats
La plupart des comparaisons de RC Pro se jouent sur deux colonnes, le plafond et le prix. C'est la façon la plus rapide de choisir un contrat qui ne servira pas. Sur ce produit, ce qui décide est le calendrier : à quelle date la garantie se déclenche, et jusqu'à quand elle continue de couvrir après la fin du contrat.
La raison tient à la nature du risque. En assurance de dommages, le sinistre se constate le jour où il arrive. En responsabilité professionnelle, il se révèle quand un client se retourne contre vous, parfois des années après la prestation. Le contrat qui vous couvre à ce moment-là n'est pas forcément celui qui était en vigueur le jour de la faute.
Deux modes de déclenchement coexistent. En base fait dommageable, c'est la date de l'erreur qui commande. En base réclamation, c'est la date à laquelle le client vous met en cause. La quasi-totalité des contrats du marché fonctionnent en base réclamation, et ce n'est pas un détail de rédaction : un professionnel qui résilie le 31 décembre et reçoit une mise en demeure le 15 janvier, pour une mission achevée deux ans plus tôt, se retrouve entre deux contrats.
La garantie subséquente, ce qui reste après la fin du contrat
Le code des assurances a prévu ce cas. Pour les contrats déclenchés par la réclamation, il impose une garantie subséquente d'une durée qui ne peut être inférieure à cinq ans (article L124-5). Pendant cette période, l'ancien assureur continue de prendre en charge les réclamations portant sur des faits survenus quand le contrat était en cours.
Le cas de la cessation d'activité mérite d'être posé à part. Un artisan ou un consultant qui s'arrête voit son contrat prendre fin, et sa protection repose alors entièrement sur cette durée subséquente. Poser la question à son assureur avant de partir coûte un appel. La poser après ne sert plus à rien.
- la garantie subséquente ne se recharge pas : le plafond disponible reste celui de la dernière année d'assurance
- elle ne couvre que les faits antérieurs à la résiliation, jamais ceux commis après
- certains contrats offrent une durée supérieure au minimum légal, et c'est un vrai critère de choix
La reprise du passé, la même question à l’envers
La garantie subséquente regarde vers l'avant. La reprise du passé, ou garantie d'antériorité, regarde vers l'arrière : elle permet au nouveau contrat de prendre en charge des réclamations relatives à des faits antérieurs à sa souscription.
Elle est décisive dans deux situations. Le changement d'assureur, où elle évite que la période couverte par l'ancien contrat devienne un no man's land. Et la première souscription d'un professionnel qui exerçait déjà sans être assuré, hypothèse plus courante qu'on ne le croit chez les indépendants.
Une condition revient systématiquement : la reprise du passé ne joue que pour les faits dont vous n'aviez pas connaissance au moment de souscrire. Un litige déjà déclaré, une réclamation déjà reçue, un courrier d'avocat déjà arrivé sortent du champ. Cela impose de souscrire avant que les ennuis commencent, pas pendant.
L’activité déclarée pèse plus lourd que le plafond
La RC Pro ne couvre pas votre entreprise, elle couvre les activités listées dans les conditions particulières. Ce qui est facturé hors de cette liste n'est pas garanti, quel que soit le plafond souscrit.
Le décalage s'installe presque toujours de la même façon. Un développeur souscrit pour du développement web, puis vend de l'hébergement et de l'infogérance. Un formateur ajoute du conseil en organisation. Un menuisier accepte un chantier qui touche au clos et au couvert, donc au champ de la garantie décennale, qui est un autre contrat. Aucun des trois n'a prévenu son assureur.
Le geste utile prend cinq minutes par an. Sortez la liste de vos dix dernières factures, comparez les prestations qui y figurent avec la liste des activités de vos conditions particulières, et demandez un avenant pour ce qui manque. Un avenant se signe. Un sinistre non couvert se paie.
Ce qu’une RC Pro ne paiera jamais
Un point que les pages produit passent vite, parce qu'il déçoit. Le contrat couvre le préjudice causé à un tiers. Il ne couvre pas le coût de refaire votre propre travail. Si votre prestation est ratée, la reprise reste à votre charge : c'est votre marge, pas un sinistre.
Sortent également du champ les amendes et sanctions, les dommages causés à vos propres biens, les engagements contractuels acceptés au-delà de ce que la loi impose, et les dommages intentionnels. Reste la question du recours : l'assureur qui indemnise un tiers peut, dans certains cas, se retourner contre vous, notamment lorsque l'activité en cause n'était pas déclarée. Être indemnisé n'est pas toujours être quitte.
L’attestation que réclame votre client ne prouve pas ce qu’il croit
Un donneur d'ordre exige une attestation avant de signer, la classe, et l'affaire est close pour lui. Cette attestation prouve pourtant peu de choses : qu'un contrat existait à la date d'émission, pour les activités qui y sont mentionnées, et dans la limite des plafonds indiqués.
Elle ne prouve ni que le contrat est toujours en vigueur, ni que la prestation commandée entre dans les activités garanties, ni que le plafond n'a pas été entamé par un sinistre antérieur. Lisez l'attestation qu'on vous remet, relisez la vôtre avant de l'envoyer. La ligne « activités garanties » est celle qui compte.
Le plafond par année, et la surprise du deuxième sinistre
Les contrats prévoient deux plafonds : un montant par sinistre, et un montant par année d'assurance. Le second est celui qui pose problème. Un premier dossier important peut absorber une large part du plafond annuel, et les réclamations suivantes de la même année se heurtent alors au solde disponible, pas au montant affiché sur l'attestation.
Ce mécanisme concerne surtout les activités où un même défaut se répète en série : un logiciel mal paramétré déployé chez vingt clients, une notice erronée diffusée à toute une clientèle. Pour ces métiers, et pour eux d'abord, la question du plafond redevient centrale. Pour les autres, elle arrive après les deux dates.
Exploitation, professionnelle, produits, dirigeants : quatre garanties que l'on confond
Un dirigeant qui dit avoir une RC Pro pense être couvert pour tout ce qui peut mal tourner. En réalité il détient une ou deux briques d'un ensemble qui en compte au moins quatre, et les frontières entre elles sont nettes.
La responsabilité civile exploitation couvre les dommages accidentels causés à des tiers dans le cadre de la vie courante de l'entreprise, indépendamment de la qualité de la prestation. Un client qui glisse dans la boutique, un salarié qui renverse un ordinateur chez un client, un dégât des eaux parti des locaux professionnels vers le voisin, une livraison qui abîme une façade. Le point commun de ces situations : le dommage n'a rien à voir avec le contenu de la prestation vendue.
La responsabilité civile professionnelle couvre l'autre versant, celui de la faute dans l'exécution de la prestation. Une erreur de conseil, un calcul faux, un livrable non conforme, un retard fautif, une donnée mal traitée. Ici, c'est le travail lui-même qui est en cause, et le préjudice est le plus souvent financier.
La responsabilité civile des produits livrés forme une troisième brique, indispensable à qui fabrique, transforme, importe ou distribue. Elle couvre les dommages causés par un produit après sa livraison, y compris quand le défaut se révèle longtemps après. Un commerçant qui revend et un artisan qui pose du matériel acheté ailleurs sont concernés, car la responsabilité du fait des produits défectueux peut remonter jusqu'au distributeur dans certaines conditions.
La responsabilité civile des dirigeants est la quatrième, et la plus mal connue. Elle ne protège pas l'entreprise mais la personne du dirigeant, dont le patrimoine personnel peut être recherché pour faute de gestion, notamment en cas de procédure collective. Aucune des trois garanties précédentes ne couvre ce risque : elles assurent la société, pas son représentant.
Quelques situations montrent bien où passent les lignes. Un traiteur dont un convive se blesse sur un éclat de verre relève de l'exploitation et du produit livré, pas du conseil. Un cabinet comptable dont l'erreur de déclaration coûte un redressement à son client relève de la professionnelle seule. Un installateur dont l'échelle raye une voiture relève de l'exploitation, mais son installation défaillante relève de la professionnelle, voire de la décennale.
D'où le réflexe utile au moment de souscrire : ne pas demander une RC Pro, mais décrire trois scénarios de sinistre plausibles dans son métier et demander par écrit lequel des trois est couvert, par quelle garantie et à quel plafond. La réponse trie les contrats plus vite que n'importe quel comparateur, et elle laisse une trace en cas de discussion ultérieure.
Un dernier repère, souvent oublié par les petites structures. Les contrats de multirisque professionnelle intègrent en général la RC exploitation, parfois une RC professionnelle très limitée, presque jamais la RC des dirigeants. Croire que la multirisque couvre tout est l'erreur la plus fréquente chez les entreprises de moins de dix salariés.
Quels métiers y sont obligés, et ce que le texte impose vraiment
L'obligation d'assurance ne dépend ni du statut juridique ni du chiffre d'affaires : elle dépend de l'activité exercée. Un même professionnel peut être obligé pour une partie de ce qu'il fait et libre pour le reste.
Les professions du droit et du chiffre sont soumises à obligation. Avocats, notaires, huissiers, experts-comptables, commissaires aux comptes, administrateurs et mandataires judiciaires : chaque profession dispose de son propre régime, souvent organisé par un contrat collectif souscrit par l'ordre ou la compagnie professionnelle, complété par des garanties individuelles pour les montants élevés.
Les professionnels de santé le sont également, depuis la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades. Médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, infirmiers, kinésithérapeutes, établissements : l'obligation s'accompagne de sanctions en cas de défaut, et les plafonds minimaux sont fixés par voie réglementaire. Les spécialités à risque, en particulier la chirurgie et l'obstétrique, connaissent des primes sans commune mesure avec le reste du secteur.
Les intermédiaires en assurance et en opérations de banque doivent justifier d'une responsabilité civile professionnelle et d'une garantie financière pour être immatriculés au registre unique tenu par l'organisme dédié. Sans ces justificatifs, l'immatriculation n'est pas délivrée, et sans immatriculation l'exercice est illégal. Le même schéma s'applique aux agents immobiliers et administrateurs de biens, soumis depuis 1970 à une carte professionnelle conditionnée à une assurance et à une garantie financière, et aux agences de voyages, immatriculées auprès de l'opérateur national du tourisme.
Le bâtiment relève d'un régime propre, examiné plus loin, avec une obligation d'assurance décennale pour les travaux de construction et une obligation de dommages-ouvrage pour le maître d'ouvrage.
Pour toutes les autres activités, aucune obligation légale. Ce qui ne veut pas dire aucune contrainte : le donneur d'ordre l'exige au contrat, l'appel d'offres public en fait une condition de candidature, la plateforme de mise en relation la demande à l'inscription, et le bailleur commercial la réclame à la signature du bail. Dans les faits, l'assurance devient obligatoire par le marché avant de l'être par la loi.
Deux vérifications valent d'être faites au moment de souscrire. La première : le contrat proposé répond-il aux exigences du régime applicable à votre profession, en montant comme en périmètre. Un contrat généraliste peut être conforme sur le papier et rester en deçà des minimums réglementaires de votre secteur. La seconde : votre ordre ou votre syndicat professionnel a-t-il négocié un contrat collectif, souvent mieux calibré et moins cher qu'une souscription isolée, parce qu'il mutualise un risque connu.
Reste le cas des activités multiples, très courant chez les indépendants. Un praticien qui donne aussi des formations, un artisan qui vend en ligne, un consultant qui édite un logiciel : chacune de ces activités a son régime, et l'assurance de l'une ne couvre pas l'autre. La déclaration doit lister toutes les casquettes, y compris celles qui représentent une part minime du chiffre d'affaires.
Bâtiment : où s'arrête la RC Pro et où commence la décennale
Dans la construction, la question n'est pas de savoir si l'on est assuré, mais sous quel régime le dommage sera examiné. Trois responsabilités se succèdent après la réception des travaux, et chacune a sa durée et sa logique.
La garantie de parfait achèvement couvre, pendant l'année qui suit la réception, tous les désordres signalés lors de celle-ci ou apparus ensuite. Elle pèse sur l'entrepreneur qui a réalisé les travaux et se règle par la reprise des ouvrages, pas par une indemnité.
La garantie de bon fonctionnement porte, pendant deux ans, sur les éléments d'équipement dissociables du bâti : un volet roulant, un interphone, une chaudière que l'on peut déposer sans abîmer l'ouvrage.
La garantie décennale, enfin, couvre pendant dix ans les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle repose sur une présomption de responsabilité du constructeur, ce qui dispense le maître d'ouvrage de prouver une faute. C'est la garantie la plus lourde, et son assurance est obligatoire pour tout intervenant réalisant des travaux de construction.
La RC Pro classique intervient en dehors de ce triptyque. Elle couvre les dommages causés pendant le chantier, l'erreur de conception qui ne relève pas du champ décennal, les désordres sur des travaux qui ne constituent pas un ouvrage au sens de la loi, et les dommages immatériels que la décennale ne prend pas en charge. Un contrat de professionnel du bâtiment complet superpose donc plusieurs garanties, et l'attestation doit mentionner chacune d'elles avec son périmètre.
Le point qui envoie le plus de dossiers en contentieux est la qualification de l'ouvrage. Une pergola, une piscine, une pompe à chaleur, une isolation par l'extérieur, un panneau photovoltaïque : selon les cas, ces travaux relèvent ou non du champ décennal, et la jurisprudence est abondante. Un artisan qui élargit son activité vers ces prestations doit faire préciser par écrit à son assureur si elles entrent dans la garantie décennale souscrite.
Le sous-traitant occupe une place particulière. Il n'est pas soumis à l'obligation d'assurance décennale, parce qu'il n'a pas de lien contractuel avec le maître d'ouvrage. Sa responsabilité envers l'entreprise principale reste engagée sur une durée comparable, et l'entreprise principale, elle, répond de tout devant le client. D'où deux réflexes pour le donneur d'ordre : exiger l'attestation du sous-traitant avec le détail des activités garanties, et vérifier que sa propre garantie couvre bien la responsabilité qu'il encourt du fait d'autrui.
Reste la dommages-ouvrage, qui n'est pas une assurance de responsabilité mais une assurance de préfinancement. Souscrite par le maître d'ouvrage avant l'ouverture du chantier, elle permet de faire réparer rapidement sans attendre la désignation d'un responsable, l'assureur exerçant ensuite ses recours. Le particulier qui fait construire ou rénover lourdement y est tenu, et son absence se paie surtout à la revente : l'acquéreur d'un bien de moins de dix ans demandera l'attestation, et son absence pèse sur le prix.
Territorialité : la clause qui neutralise le contrat dès qu'on passe la frontière
Un contrat français couvre des activités exercées dans un périmètre géographique défini, et ce périmètre n'est presque jamais mondial. La clause de territorialité tient en quelques lignes et elle décide de tout dès que l'activité déborde.
Trois notions se superposent et il faut les distinguer. Le lieu où la prestation est exécutée, le lieu où le dommage se produit, et la juridiction devant laquelle la réclamation est portée. Un contrat peut couvrir une prestation réalisée depuis la France mais exclure une réclamation portée devant un tribunal étranger, ou l'inverse. La rédaction précise le mécanisme retenu, et c'est cette phrase qu'il faut lire avant un premier client hors de France.
L'Amérique du Nord fait l'objet d'un traitement à part dans la quasi-totalité des contrats du marché français. Les États-Unis et le Canada sont soit exclus, soit couverts moyennant une extension spécifique et un plafond distinct. La raison n'est pas commerciale : les régimes de responsabilité y sont plus favorables aux demandeurs, les frais de défense y atteignent des montants sans rapport avec la pratique européenne, et les dommages punitifs y existent. Un prestataire qui signe avec une filiale américaine sans faire modifier son contrat travaille sans filet sur ce dossier.
Les prestations livrées à distance créent une difficulté supplémentaire. Un éditeur de logiciel dont l'outil est utilisé dans quinze pays, un formateur qui intervient en visioconférence, un consultant qui rend un rapport utilisé par une filiale étrangère : le dommage peut naître loin du lieu d'exécution. La clause utile, dans ces métiers, couvre les conséquences de l'activité exercée depuis la France quel que soit le lieu de survenance, avec la réserve nord-américaine évoquée plus haut.
Les déplacements des salariés relèvent d'un autre volet. Une mission ponctuelle à l'étranger est généralement couverte par la RC exploitation dans les limites territoriales du contrat, mais l'accident du travail survenu hors de France dépend, lui, du régime de sécurité sociale applicable et des accords bilatéraux. Détachement et expatriation ne produisent pas les mêmes effets, et cette question se traite avec le service social avant le départ.
Un mot enfin sur le droit applicable. Un contrat commercial peut désigner une loi étrangère et un tribunal étranger, y compris quand les deux parties sont européennes. Signer une telle clause sans vérifier que l'assurance suit revient à s'exposer seul. Quand le client impose son droit, la négociation porte moins sur le prix que sur cette ligne, et l'assureur doit être consulté avant la signature, pas après la mise en cause.
Quand la réclamation arrive : qui décide de la défense
Recevoir une mise en cause déclenche une série de réflexes, dont plusieurs sont mauvais. La règle générale est simple : à partir de la déclaration, la conduite du dossier civil appartient à l'assureur, et l'assuré conserve la maîtrise de ce qui le concerne personnellement.
Le code des assurances organise cette répartition. L'assureur qui garantit le risque prend la direction du procès civil intenté contre son assuré, choisit l'avocat pour cette partie et arrête la stratégie. Cette prise de direction ne vaut pas reconnaissance de garantie : l'assureur peut la prendre tout en émettant des réserves, qu'il doit alors formuler explicitement.
En contrepartie, l'assuré s'engage à ne pas reconnaître sa responsabilité ni transiger sans accord. La nuance à retenir, souvent mal comprise, tient à la différence entre reconnaître un fait et reconnaître une responsabilité. Admettre qu'un fichier a été livré en retard est un aveu de matérialité, admis. Écrire à son client que l'on est responsable du préjudice et proposer un dédommagement est une reconnaissance de responsabilité, qui peut faire perdre la garantie.
La défense pénale suit un chemin différent. Si une poursuite pénale est engagée, l'assuré choisit librement son avocat, parce que sa liberté et sa réputation sont en jeu et qu'elles ne sont pas assurables. Les frais correspondants relèvent d'une garantie défense pénale et recours, souvent incluse mais plafonnée. Vérifier ce plafond a du sens dans les métiers où le risque pénal existe, sécurité au travail, santé, environnement, construction.
L'expertise judiciaire mérite une préparation sérieuse quand elle est ordonnée. C'est là que le dossier se joue, davantage qu'à l'audience. Rassembler les pièces contractuelles, le cahier des charges, les échanges de validation, les comptes rendus de réunion et les alertes que vous aviez émises : dans les métiers intellectuels, la preuve que le client a validé ou a passé outre un avertissement est souvent l'élément qui renverse un dossier.
Deux erreurs coûtent particulièrement cher. Tarder à déclarer, alors que le contrat fixe un délai à compter de la connaissance de la réclamation, et que le retard peut être opposé s'il a causé un préjudice à l'assureur. Et régler discrètement un petit litige pour préserver la relation commerciale, sans en informer l'assureur : si le client revient plus tard avec une demande plus lourde sur le même fait, la transaction initiale complique considérablement la position.
Un dernier conseil de méthode. Ouvrez un dossier dès la première alerte, même informelle, et notez les dates. Un courriel de client mécontent n'est pas encore une réclamation, mais il devient une circonstance dont vous avez connaissance, ce qui a des conséquences directes sur la reprise du passé si vous changez d'assureur entre-temps. Dans ce produit, la chronologie est la matière première du dossier.
Une remarque pour finir, valable quel que soit le métier. La plupart des dossiers gagnés le sont sur des pièces écrites au moment des faits, pas sur des explications données trois ans plus tard. Un compte rendu de réunion envoyé le soir même vaut mieux qu'une mémoire précise. C'est gratuit, cela prend dix minutes, et cela change l'issue.
Autre habitude utile : relire son contrat une fois par an, le jour de l'échéance, avec la liste de ses trois plus gros clients sous les yeux. Les activités bougent, les montants de mission aussi. Le contrat, lui, ne bouge que si on le lui demande.
Questions fréquentes
Que sont les dommages immatériels non consécutifs ?
Base réclamation ou base fait dommageable ?
La RC Pro couvre-t-elle mes propres erreurs de prestation ?
Un auto-entrepreneur doit-il une RC Pro ?
Ma RC Pro couvre-t-elle mes sous-traitants ?
Que faire si je reçois une réclamation après avoir changé d'assureur ?
Faut-il augmenter le plafond quand le chiffre d'affaires monte ?
Ce qu'il faut retenir
Reprenez vos conditions particulières et vérifiez un seul point avant tout le reste : sur une RC professionnelle, la clause qui décide est la couverture des dommages immatériels non consécutifs, doublée du mode de déclenchement de la garantie. Si ce point est réglé, le reste du contrat se compare vite.
Où vérifier par vous-même
Les textes applicables sont publics : le Code des assurances et les lois citées sont consultables sur Légifrance, les démarches sur service-public.fr. L'agrément d'un assureur se vérifie auprès de l'ACPR.
