Ce qui décide sur ce contrat. Deux réglages font l'indemnité : des valeurs déclarées à jour, faute de quoi la règle proportionnelle réduit le versement si le contrat ne l'écarte pas, et une perte d'exploitation dont la période couvre le temps réel de réouverture.
Multirisque pro : ce qui est couvert, ce qui reste dehors
La multirisque pro, ou multirisque professionnelle, réunit dans un seul contrat les dommages aux biens de l'entreprise et sa responsabilité civile d'exploitation. Côté biens, il assure le local, s'il vous appartient ou si le bail vous en confie l'assurance, ainsi que les aménagements, le matériel et le stock. Les événements visés sont l'incendie, le dégât des eaux, la tempête, le vol ou le bris de glace. Pour la responsabilité, il couvre les dommages causés à des tiers pendant l'activité, comme un client qui glisse dans la boutique. Selon la formule, s'ajoutent la perte d'exploitation, le bris de machine, la protection juridique ou une extension pour le matériel emporté chez les clients.
Restent dehors l'usure et le défaut d'entretien, les biens et les activités qui ne figurent pas au contrat, et les pertes financières quand la perte d'exploitation n'a pas été souscrite. La multirisque ne remplace pas non plus trois contrats voisins : la RC professionnelle, qui répond d'une prestation défectueuse ; la décennale, qui couvre les ouvrages construits ; l'assurance cyber, qui traite les atteintes aux systèmes informatiques.
À qui ce contrat s'adresse
- commerçant avec un local, une vitrine et un stock
- restaurateur et métiers de bouche, avec chambres froides et matériel de cuisson
- artisan avec atelier, outillage et matériel emporté sur les chantiers
- profession libérale installée en cabinet
- entreprise qui stocke des marchandises dans un entrepôt
Obligatoire ou non : cela dépend de votre profil
Aucun texte n'impose à toutes les entreprises d'assurer leurs biens professionnels. Des obligations d'assurance existent en revanche selon l'activité, par exemple dans la construction (article L241-1 du code des assurances), le sport (article L321-1 du code du sport) ou la santé (article L1142-2 du code de la santé publique) ; elles portent sur la responsabilité, pas sur les murs. Le bail commercial peut ajouter ses propres exigences : assurance du local et du contenu, attestation annuelle, parfois des garanties nommément désignées. Lisez la clause d'assurance de votre bail avant de comparer des devis. Si le bail comporte une clause résolutoire, elle ne produit effet qu'un mois après un commandement resté infructueux, qui doit mentionner ce délai (article L145-41 du code de commerce).
| Profil | Statut | Conséquence en cas de défaut |
|---|---|---|
| Locataire d'un local commercial | Assurance exigée si le bail le prévoit | Manquement au bail ; clause résolutoire possible un mois après commandement resté sans effet |
| Propriétaire exploitant de ses murs | Facultative | Reconstruction et arrêt d'activité à la charge de l'entreprise |
| Établissement recevant du public | RC d'exploitation fortement recommandée | Dommages corporels des clients à la charge de l'entreprise |
| Activité soumise à une assurance obligatoire | Obligation propre à l'activité (construction, sport, santé…) | Sanctions prévues par le texte applicable ; la multirisque ne la remplace pas |
Les garanties, et le chiffre qui les borne
Une garantie ne se juge pas sur son intitulé. Pour chacune, la troisième colonne est celle qui décide du montant que vous toucherez.
| Garantie | Ce qui est couvert | Ce qui la borne |
|---|---|---|
| Local et aménagements | Incendie, dégât des eaux, tempête, vol, bris de glace | Base de remboursement : valeur à neuf ou vétusté déduite ; valeurs déclarées |
| Matériel et stock | Destruction, vol, détérioration | Capital déclaré, moyens de protection exigés pour le vol |
| Bris de machine | Casse accidentelle, panne d'origine interne selon contrat | Option ; liste des machines, âge du matériel |
| Perte d'exploitation | Marge brute perdue et charges fixes pendant l'arrêt | Période d'indemnisation et franchise en jours |
| Catastrophes naturelles | Dommages aux biens après arrêté ; perte d'exploitation si elle est garantie au contrat (L125-1) | Franchise légale : 10 % des dommages, 1 140 € au minimum (3 050 € en sécheresse) ; 3 jours ouvrés, 1 140 € au minimum pour la perte d'exploitation |
| Responsabilité civile d'exploitation | Dommages causés aux tiers pendant l'activité | Plafonds par sinistre ; distincte de la RC professionnelle |
Point de vigilance. Deux réglages font l'indemnité : des valeurs déclarées à jour, faute de quoi la règle proportionnelle réduit le versement si le contrat ne l'écarte pas, et une perte d'exploitation dont la période couvre le temps réel de réouverture.
Les clauses qui décident vraiment
Ce sont elles qu'il faut chercher dans les conditions particulières, avant même de comparer les prix.
- l'absence de clause de renonciation à la règle proportionnelle, qui laisse jouer la réduction dès le premier sinistre
- la période d'indemnisation de la perte d'exploitation, trop courte pour un métier long à redémarrer
- le stock déclaré sur une moyenne annuelle, insuffisant en période de pointe
- les marchandises sous température : extension à vérifier en cas de panne de froid
- les moyens de protection exigés pour la garantie vol, dont l'absence peut priver de garantie
Quel niveau de couverture selon votre situation
| Situation | Niveau conseillé | Garanties à vérifier en priorité |
|---|---|---|
| Commerce de détail | Formule avec stock et perte d'exploitation | Valeur du stock en période de pointe, protections vol |
| Restauration | Formule renforcée | Marchandises sous température, bris de machine, perte d'exploitation |
| Artisan avec atelier | Formule avec outillage et matériel nomade | Bris de machine, extension hors du local, vol dans le véhicule |
| Cabinet libéral | Formule allégée | Matériel informatique, RC d'exploitation, articulation avec la RC professionnelle |
Ce qui fait le prix, et ce qui le fait baisser
Aucune moyenne de marché ne dit ce que vous paierez : la cotisation se construit sur votre dossier. Les critères qui pèsent, en revanche, sont connus.
- l'activité exercée et son exposition à l'incendie
- la surface, la construction et l'adresse du local
- les valeurs déclarées pour le matériel et le stock
- les garanties retenues, la perte d'exploitation pesant sur la cotisation
- les franchises choisies et les moyens de protection installés
- l'historique de sinistres de l'entreprise
Les leviers qui ne dégradent pas la protection
- déclarer un stock cohérent avec les périodes de pointe, ou demander une variation saisonnière du capital
- caler la période d'indemnisation sur le temps réel de redémarrage, ni plus ni moins
- relever la franchise sur les biens plutôt que sur la perte d'exploitation
- installer les protections exigées et les faire acter au contrat
Astuce. Comparez à garanties identiques. Sur une multirisque pro, deux devis proches peuvent différer par la période d'indemnisation de la perte d'exploitation, la base de remboursement du matériel (valeur à neuf ou vétusté déduite) ou la présence d'une renonciation à la règle proportionnelle.
Résilier une multirisque professionnelle
On résilie à l'échéance annuelle (article L113-12). Le préavis prévu au contrat ne peut pas dépasser deux mois, et le délai court à partir du cachet de la poste ou de la date d'expédition. La résiliation à tout moment après un an de l'article L113-15-2 vise les particuliers. Pour les microentreprises et les PME, l'article L113-15-2-1, en vigueur depuis le 28 mai 2026, ouvre une résiliation sans frais après un an pour les contrats couvrant les dommages directs aux biens professionnels, avec effet un mois après la notification. Un décret en Conseil d'État fixe les contrats exclus : demandez à votre assureur si le vôtre en relève. En cas de cessation définitive d'activité, l'article L113-16 permet de résilier dans les trois mois, avec effet un mois après réception et sans indemnité. En cas de cession du fonds, l'assurance continue au profit de l'acquéreur, qui peut la résilier (article L121-10).
Local sinistré : sauver l’activité avant les murs
Déclarez le sinistre dans le délai prévu au contrat. La loi interdit qu'il soit inférieur à cinq jours ouvrés, et à deux jours ouvrés en cas de vol (article L113-2). Pour une catastrophe naturelle, la déclaration intervient dans les trente jours suivant la publication de l'arrêté au Journal officiel. La perte d'exploitation se chiffre sur vos documents comptables : plus ils sont produits vite, plus l'expert peut proposer un acompte. Demandez-le dès l'expertise. Si l'arrêt vient d'une attaque informatique, l'indemnisation est subordonnée à une plainte déposée au plus tard 72 heures après la connaissance de l'atteinte (article L12-10-1).
- mettre à l'abri les documents comptables, ou vérifier qu'une sauvegarde existe hors du local
- photographier les dommages et l'état du stock avant tout nettoyage
- prendre les mesures conservatoires : bâcher, couper l'eau, sécuriser l'accès
- demander un acompte sur la perte d'exploitation dès le passage de l'expert
- garder les factures des frais engagés pour continuer l'activité ailleurs
La règle proportionnelle de capitaux : brutale, mais négociable
Une multirisque professionnelle repose sur des chiffres saisis un jour dans un formulaire : surface du local, valeur du matériel, valeur du stock. Quand ils ne correspondent plus à la réalité, l'indemnité peut baisser, même si le sinistre est couvert sur le principe.
Le mécanisme figure à l'article L121-5 du code des assurances. Si la valeur des biens au jour du sinistre dépasse la somme garantie, l'assuré est considéré comme son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage, « sauf convention contraire ». Un artisan qui a déclaré la moitié de la valeur réelle de son matériel peut donc n'être indemnisé que de la moitié de son dommage.
Le point contre-intuitif tient au périmètre. Beaucoup imaginent que la sous-assurance ne pose problème qu'en cas de destruction totale, parce que le plafond suffirait pour un dommage partiel. C'est l'inverse : la proportion joue sur un sinistre de quelques milliers d'euros comme sur un incendie complet.
Trois situations créent l'écart sans que personne ne le voie. Un investissement d'abord : une machine achetée, une vitrine refaite. La hausse des prix ensuite, qui renchérit le remplacement des équipements. Le stock enfin, dont la valeur varie dans l'année et culmine au moment où un sinistre coûte le plus.
La règle est supplétive, et c'est ce qui la rend négociable. Deux parades existent. Réviser les valeurs déclarées chaque année, à l'inventaire ou à la clôture des comptes, par un courriel dont la réponse se classe avec le contrat. Et demander une clause de renonciation à la règle proportionnelle, que certains contrats accordent au-delà d'un niveau de garantie ou contre une majoration. Pour un commerce saisonnier, une variation automatique du capital stock sur les mois de pointe évite de payer le maximum toute l'année.
Ne confondez pas cette règle avec une autre réduction : celle de l'article L113-9, qui sanctionne une déclaration inexacte du risque lui-même, par exemple une activité mal décrite. Les deux se préviennent de la même façon, en tenant le contrat à jour.
Perte d'exploitation : la calculer avant d'en avoir besoin
Prenez une boulangerie dont le four et le fournil sont détruits par un incendie. Les biens sont remboursés, mais pendant les travaux il n'y a plus de ventes. Le loyer, les salaires et les échéances d'emprunt continuent. C'est cette période que la garantie perte d'exploitation doit financer.
La méthode part du compte de résultat. On retient la marge brute, c'est-à-dire le chiffre d'affaires diminué des achats consommés, ou selon le contrat les frais généraux permanents et le résultat. On y ajoute les frais supplémentaires d'exploitation : location d'un local provisoire, sous-traitance, heures supplémentaires pour rattraper le retard.
Reste la variable qui décide de tout, la période d'indemnisation. Elle doit couvrir le temps réel de réouverture : délai d'expertise, obtention des devis, travaux, livraison des équipements, puis retour de la clientèle, qui ne revient pas le jour de la réouverture. Notre lecture : pour un métier qui dépend d'un équipement sur mesure, une période courte coûte moins cher et protège mal.
Résultat attendu : une période chiffrée à partir de votre propre calendrier de redémarrage, et une franchise en jours que votre trésorerie peut supporter. Pour une catastrophe naturelle, la perte d'exploitation n'est couverte que si le contrat la garantit (article L125-1), avec une franchise légale de trois jours ouvrés, 1 140 € au minimum.
Ce qui menace une entreprise n'est plus seulement dans ses murs
Le contrat a été pensé autour du local : incendie, dégât des eaux, vol, bris de glace. Plusieurs risques d'une entreprise en 2026 ne ressemblent pourtant à aucun de ces sinistres.
Une attaque informatique peut arrêter l'activité sans endommager un seul bien : fichiers chiffrés, logiciel de caisse bloqué, obligation de notifier une fuite de données personnelles. Une multirisque raisonne en dommages matériels, et la couverture de ces conséquences dépend des garanties souscrites. La question à poser par écrit est précise : la perte d'exploitation consécutive à une atteinte informatique est-elle couverte, ou seulement la remise en état du matériel ? Pour une entreprise, la loi subordonne en outre l'indemnisation à une plainte déposée dans les 72 heures suivant la connaissance de l'attaque (article L12-10-1).
La fraude au virement, où un tiers se fait passer pour un dirigeant ou un fournisseur, ne relève pas du vol au sens du contrat, qui suppose une soustraction matérielle. Une garantie dédiée existe et se souscrit à part.
Les dommages immatériels non consécutifs, eux, relèvent de la responsabilité professionnelle : une prestation qui n'abîme rien mais fait perdre de l'argent au client. La frontière se lit dans les définitions du contrat.
Dernier angle mort, la dépendance à un tiers. Un fournisseur unique touché par un incendie peut arrêter votre activité sans qu'aucun sinistre ne vous atteigne. La garantie de carence de fournisseur traite ce cas ; elle est optionnelle.
Le bail commercial impose ses propres exigences
Avant de comparer des garanties, relisez votre bail. Il fixe une partie de vos obligations d'assurance, parfois au-delà de ce que la loi impose.
Le bail peut exiger d'assurer le local et son contenu, de justifier de l'assurance chaque année et de souscrire des garanties désignées. Un défaut d'assurance devient alors un manquement au bail. S'il comporte une clause résolutoire, celle-ci ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux, qui doit mentionner ce délai (article L145-41 du code de commerce) : il reste donc un mois pour régulariser.
Deux clauses méritent une lecture attentive. La renonciation à recours d'abord : bailleur et locataire renoncent à se poursuivre pour certains dommages, et chaque assureur doit en être informé pour que les deux contrats en tiennent compte. La répartition des travaux ensuite, qui détermine qui assure le clos, le couvert et les aménagements.
Transmettez ces clauses à votre assureur. Un contrat calibré sans connaître le bail laisse un décalage entre ce que vous devez et ce que vous avez.
Un contrat professionnel se met à jour, il ne se signe pas une fois
L'écart entre un contrat qui protège et un contrat qui déçoit tient à des événements banals que personne n'a signalés.
Un déménagement ou un second local change l'adresse du risque, la surface, parfois la construction : une garantie souscrite pour une adresse ne suit pas l'entreprise ailleurs. Un changement d'activité, même partiel, sort du périmètre déclaré, qu'il s'agisse d'un traiteur qui ouvre une salle de réception ou d'un commerce qui ajoute la vente en ligne.
Le recrutement compte aussi : il modifie l'exposition aux accidents et parfois l'usage du local. Un véhicule utilitaire acheté, un stock déposé chez un tiers, un sous-traitant qui intervient : chacun de ces changements justifie un courriel à l'assureur, dont la réponse se classe avec le contrat.
Deux situations reviennent. Le travail à domicile d'abord : une assurance habitation ne couvre pas, sauf extension, le matériel professionnel ni la responsabilité liée à l'activité. La fermeture temporaire ensuite, pour congés ou travaux : au-delà de la durée prévue au contrat, l'inoccupation du local peut réduire ou suspendre la garantie vol.
Un dernier conseil, très concret. Constituez un dossier accessible hors du local : inventaire du matériel avec factures, photos datées de l'agencement, sauvegarde des comptes, numéro de contrat. Il ne sert à rien pendant des années, puis il accélère l'indemnisation le jour où il faut rouvrir.
Multirisque pro, RC pro, décennale, cyber : qui couvre quoi
Quatre contrats se partagent les risques d'une entreprise, et chacun a son terrain.
La multirisque pro couvre les biens de l'entreprise et les dommages causés aux tiers pendant l'activité : le dégât des eaux qui ruine le stock, le client qui chute. La RC professionnelle couvre la faute dans la prestation : l'erreur d'un expert-comptable, le conseil erroné d'un consultant. La décennale couvre, pour les constructeurs, les dommages qui compromettent la solidité d'un ouvrage pendant dix ans après la réception. L'assurance cyber traite les atteintes aux systèmes informatiques, la reconstitution des données et parfois la perte d'exploitation qui en découle.
Notre lecture : un artisan du bâtiment soumis à la décennale a besoin des trois premiers, un cabinet de conseil surtout de la RC professionnelle et d'une couverture cyber, un commerce d'abord de la multirisque et de sa perte d'exploitation. Les guides de la même famille, en bas de page, détaillent chaque contrat.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une multirisque pro ?
La multirisque pro est-elle obligatoire ?
La perte d'exploitation est-elle vraiment utile ?
RC exploitation et RC professionnelle, quelle différence ?
Comment déclarer la valeur de son stock ?
Le matériel emporté chez les clients est-il couvert ?
Ce qu'il faut retenir
Reprenez vos conditions particulières et vérifiez un seul point avant tout le reste : deux réglages font l'indemnité : des valeurs déclarées à jour, faute de quoi la règle proportionnelle réduit le versement si le contrat ne l'écarte pas, et une perte d'exploitation dont la période couvre le temps réel de réouverture. Si ce point est réglé, le reste du contrat se compare vite.
Où vérifier par vous-même
Les textes applicables sont publics : le Code des assurances et les lois citées sont consultables sur Légifrance, les démarches sur service-public.fr. L'agrément d'un assureur se vérifie auprès de l'ACPR.
